Face à une sortie de bunker longue, trois enseignants américains — Sarah Stone, Parker McLachlin et Grayson Zacker — donnent la même consigne de départ : prendre un club moins lofté, et non frapper plus fort.
Le bunker long, ce trou noir du petit jeu
La sortie courte, à une dizaine de mètres du drapeau, la plupart des golfeurs finissent par l'apprivoiser : face ouverte, gros coup de sable, la balle monte et s'arrête. Reculez le drapeau dans le même bunker, et le même joueur se retrouve sans solution. Il rejoue exactement le même coup, en poussant simplement plus fort — et laisse la balle dans le sable, ou l'expédie très au-delà du green.
C'est ce coup intermédiaire, trop long pour une explosion classique et trop court pour un coup plein, que Sarah Stone a choisi de décortiquer. Classée parmi les Top 100 Teachers du magazine GOLF, elle part d'un constat simple : l'erreur n'est pas dans l'exécution, elle est dans l'intention. Le golfeur cherche à fabriquer une balle haute et molle depuis tous les bunkers, y compris ceux où cette trajectoire n'a aucune chance d'aller jusqu'au drapeau.
Première décision : descendre en loft
Avant de toucher au mouvement, changez d'outil. Sarah Stone conseille de commencer avec le sand wedge et, s'il manque de la portée, de passer à un club moins lofté — gap wedge ou pitching wedge. Grayson Zacker, directeur de l'enseignement des Jim McLean Golf Schools, pousse l'échelle plus loin encore et la chiffre :
- Lob wedge : environ 5 à 9 mètres.
- Sand wedge : la sortie standard, 9 à 18 mètres.
- Gap wedge ou pitching wedge : les bunkers longs.
- Fer 9 : jusqu'à 27 à 46 mètres.
Un fer 9 depuis le sable paraît hérétique. Il ne l'est pas : c'est la traduction directe d'un principe que Zacker résume d'une image.
« Le club frappe le sable, et il y a un coussin de sable entre le club et la balle, qui amortit le transfert d'énergie. »
— Grayson Zacker
Puisque le sable mange une partie de l'énergie, il faut en injecter davantage au départ. Le faire avec le loft plutôt qu'avec la violence du geste, c'est garder un mouvement que l'on connaît déjà. La logique est la même que celle qui guide le choix des configurations de wedges chez les professionnels : on couvre les distances avec des clubs, pas avec des dosages improvisés.
Face ouverte ou face carrée ? Deux écoles
C'est ici que les chemins se séparent, et il vaut mieux le savoir avant d'aller s'entraîner.
Pour Sarah Stone, le coup de bunker long doit se jouer comme un pitch, et non avec le mouvement doux et haut de la sortie classique. Elle demande une montée plus large et légèrement plus lente, et laisse le club entrer dans le sable plus près de la balle : davantage de contact avec la balle, moins avec le sable, donc une trajectoire plus basse qui court davantage.
Parker McLachlin, connu sous le nom de « Short Game Chef », prend moins de loft lui aussi — il descend au 52 degrés — mais refuse de refermer la face. Il la garde ouverte pour engager le bounce, cette semelle qui fait glisser le club au lieu de le planter. Sa cible, c'est justement la méthode à l'ancienne : prendre le wedge le plus lofté et carrer la face. Dès que la face se referme, explique-t-il, c'est l'arête avant qui travaille — et l'arête avant creuse.
« Engager le bounce reste la priorité numéro un pour sortir d'un bunker, même quand il faut jouer un coup de 30 yards. »
— Parker McLachlin
Les deux approches ne s'excluent pas : Stone joue sur le point d'entrée, McLachlin sur l'orientation de la face. Mais elles ne se mélangent pas non plus. Choisissez-en une, testez-la sur une série complète, et jugez sur les résultats plutôt que sur les sensations.
Doser la distance sans toucher au sable
Reste la question du réglage fin. La réponse de Grayson Zacker tient en une règle : on ne module pas la profondeur du sable, on module la vitesse. Il garde un point d'entrée constant — un divot régulier, à demi profond, qui commence à environ trois pouces, soit sept à huit centimètres, derrière la balle — et fait varier le reste :
- Sortie standard de 9 à 18 mètres : un mouvement aux trois quarts de la vitesse.
- Sortie longue : un mouvement complet, à 90 % de la vitesse environ.
- Sortie courte : plus lent, autour de 60 %.
Avec une réserve qu'il souligne : même sur un coup court, la montée reste aux trois quarts. Une montée courte et basse ne fonctionne pas dans le sable — elle produit une décélération, et la décélération est ce qui plante le club. Le principe rejoint ce que rappellent les réglages d'avant-swing de Jack Nicklaus : ce qui se décide avant le mouvement vaut mieux qu'une correction en cours de route.
Les erreurs qui coûtent le plus
- Vouloir la même balle haute et molle partout. C'est l'erreur de base identifiée par Sarah Stone : un coup unique appliqué à toutes les distances.
- Frapper plus fort avec le même wedge au lieu de changer de club — la meilleure façon de perdre le contrôle du point d'entrée.
- Raccourcir la montée quand on veut faire court, et décélérer dans le sable.
- Carrer la face d'un lob wedge pour gagner de la distance : l'arête avant s'engage et le club creuse, prévient Parker McLachlin.
- Chercher à varier la quantité de sable prise d'un coup à l'autre, alors que la constance du divot est justement ce qui rend la distance prévisible.
L'exercice : commencer hors du bunker
La méthode d'apprentissage proposée par Sarah Stone est la plus contre-intuitive du lot, et sans doute la plus efficace : ne commencez pas dans le sable. Jouez d'abord des pitchs sur l'herbe avec le club choisi, jusqu'à être à l'aise avec ce mouvement plus large et cette trajectoire plus basse. Une fois le geste installé, emportez-le tel quel dans le bunker.
L'intérêt est évident : vous n'avez alors plus qu'une seule variable à gérer, le sable. Tout le reste est déjà automatisé. C'est la même logique de répétition que celle des routines d'avant-coup, et elle vaut pour l'ensemble des ateliers de travail à l'entraînement comme pour les autres chantiers de technique : un geste que l'on doit inventer sur le parcours est un geste que l'on rate.
Le bunker long ne cessera jamais d'être un coup délicat. Mais entre un golfeur qui improvise et un golfeur qui sait quel club prendre, où le club doit entrer et à quelle vitesse le mouvement doit aller, l'écart ne se compte pas en talent. Il se compte en décisions prises avant le coup.


