La saison 2026 du LIV Golf s'est achevée avec un circuit placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, un fonds d'investissement aux commandes et une date limite au 25 octobre pour que les joueurs s'engagent dans le « LIV 2.0 » prévu en 2027.
Le LIV ne perd pas ses joueurs sur le terrain, mais sur son montage financier
En quatre ans, le LIV avait gagné tous ses arbitrages par le même moyen : l'argent certain. Un calendrier de huit tournois doté de 255 millions de dollars dès 2022, un contrat présenté comme pouvant atteindre 607 millions pour attirer Jon Rahm fin 2023, une soixantaine de millions pour Tyrrell Hatton un mois plus tard. Le circuit n'a jamais vendu du sport, il a vendu de la sécurité : des sommes garanties contre le renoncement au circuit historique.
Ce qu'il propose aujourd'hui est l'inverse exact. En avril, le fonds souverain saoudien a confirmé qu'il cessait de financer la ligue à la fin de l'année 2026. En septembre, le LIV s'est placé sous protection de la faillite. Et dans le circuit remodelé que BC Partners entend faire sortir du chapitre 11 avec un financement pouvant atteindre 300 millions de dollars, les joueurs signataires ne seront plus des salariés de luxe : ils détiendront ensemble 52,5 % du capital, contre 45 % pour BC Partners et ses éventuels partenaires minoritaires et 2,5 % pour la direction. On ne leur demande plus d'encaisser, on leur demande d'investir — et d'attendre.
Ceux qui refusent sont les meilleurs, et ce n'est pas un hasard
Le premier à sortir est celui qui avait le plus à perdre. Le 7 octobre, devant le tribunal des faillites, l'avocat de Jon Rahm a mis fin au suspense en quelques phrases de procédure.
M. Rahm a examiné de façon indépendante les conditions proposées pour le LIV 2.0 et a estimé que ces conditions étaient inacceptables pour lui. Il ne participera pas au LIV 2.0 à l'avenir.
L'Espagnol part en renonçant à plus de 100 millions de dollars que la ligue lui devait encore, et il part au sommet : trois saisons, trois titres individuels consécutifs, le dernier début août à Trump National Bedminster. Autrement dit, le meilleur joueur du circuit a regardé les comptes et préféré l'argent perdu au capital promis.
Derrière lui, la liste s'allonge dans le même sens. Adrian Meronk, vainqueur de l'Alfred Dunhill Links à -20 quelques jours plus tôt, n'a pas l'intention de prolonger un contrat qui arrive à échéance, selon le journaliste polonais Jacek Person — le joueur, lui, n'a rien confirmé publiquement. David Puig a annoncé jeudi qu'il ne jouerait pas le LIV 2.0 en 2027. Sergio Garcia a engagé la résiliation de son contrat.
Sergio Garcia demande la résiliation de son contrat avec le LIV Golf dans le cadre de la faillite. Pourquoi ?
L'aveu le plus clair vient de celui qui hésite encore
Le cas le plus révélateur n'est pourtant pas un départ, c'est une hésitation. Joaquin Niemann, 27 ans, neuf victoires individuelles depuis août 2022, est le visage sportif du circuit. Il a confié au quotidien chilien La Tercera qu'il n'avait pas tranché.
En réalité, je ne sais toujours pas quoi faire : si je veux rester et croire en ce qui se passe dans le circuit, ou partir jouer davantage en Europe. Ce sont mes deux options, au final.
Et c'est sa seconde phrase qui dit tout du problème : « Sachant que cela peut, je crois, prendre deux ans environ, je ne sais pas si c'est quelque chose que je veux assumer à ce stade de ma carrière. » Deux ans, c'est l'horizon d'un actionnaire, pas celui d'un joueur de 27 ans au sommet. Quand le meilleur joueur d'un circuit raisonne en durée de retour sur investissement, le projet a déjà un problème de nature.
Le circuit, de son côté, a surtout reculé. La date limite d'engagement est passée du 13 au 25 octobre, et le seuil chiffré qui définissait le « nombre requis de joueurs » — la moitié des créanciers, deux tiers des sommes dues — a purement disparu, remplacé par le nombre de joueurs jugé « nécessaire pour assurer la continuation de l'activité en tant que véritable ligue de golf ». On ne déplace pas deux fois ses propres conditions quand les signatures arrivent.
Le vrai gagnant est européen, et cela nous concerne directement
Voilà l'angle qui intéresse le golf francophone : les sorties du LIV ne se dirigent pas vers le vide, elles regardent vers l'Europe. Niemann cite explicitement le DP World Tour comme l'une de ses deux options. Meronk vient de gagner sur l'Old Course. L'entourage de Bryson DeChambeau a approché le siège du DP World Tour à Wentworth pour étudier des tournois européens, et l'Américain jouera le Nedbank Golf Challenge du 3 au 6 décembre, sa première épreuve régulière du circuit en près de six ans. Prudence toutefois : sonder un calendrier n'est pas demander une carte, et rien n'indique à ce stade qu'il veuille devenir membre.
Le circuit européen n'a pourtant rien gagné par lui-même. Il récupère, par défaut, des joueurs que le LIV ne peut plus payer. Mais le résultat est là : les plateaux des tournois européens de 2027 pourraient ressembler à ceux d'avant la scission, et les Français les croiseront chaque semaine.
Les chiffres clés
- 52,5 % : la part du capital du LIV 2.0 réservée aux joueurs qui signeront
- 300 millions de dollars : le financement maximal apporté par BC Partners
- Plus de 100 millions : ce que le LIV devait encore à Jon Rahm, et qu'il abandonne
- 25 octobre : la date limite d'engagement, repoussée de douze jours
- 1er novembre : la date limite d'adhésion au DP World Tour pour la saison 2027
Trois échéances vont trancher cet automne : le 25 octobre pour les signatures du LIV 2.0, le 1er novembre pour les cartes européennes, le 5 novembre pour l'audience consacrée au contrat de Rahm. D'ici là, la question n'est plus de savoir si le LIV survivra à sa restructuration, mais avec quels joueurs — et à ce jeu, chaque semaine qui passe coûte au circuit un nom qu'il ne remplacera pas.


